La Renaissance italienne dans une salle de l'Ashmolean
Cette salle réunit des peintures italiennes du XVe et du début du XVIe siècle, de Paolo Uccello à Titien en passant par Giovanni Bellini, Piero di Cosimo et Domenico Ghirlandaio — une collection qui permet de suivre, en quelques pas, l'évolution de la peinture de Toscane, d'Ombrie et de Vénétie sur près d'un siècle.
1. Une scène de chasse nocturne, dernière œuvre connue du peintre
La Chasse dans la forêt, peinte par Paolo Uccello vers 1470, montre une battue nocturne organisée selon une perspective d'une rigueur presque obsessionnelle : chasseurs, chevaux et chiens rétrécissent méthodiquement vers un point de fuite unique, au cœur d'une forêt sombre éclairée par une lumière presque irréelle. Le panneau, de format allongé, appartenait probablement à un coffre de mariage, ou à un ensemble de boiseries destiné à être vu à hauteur d'épaule plutôt qu'accroché en hauteur.
C'est la dernière œuvre connue d'Uccello, mort en 1475 — un peintre resté toute sa vie fasciné par la perspective linéaire, au point que ses contemporains le décrivaient déjà comme obsédé par cette discipline naissante.
2. Une Madone que trois peintres se disputent encore
La Vierge à l'Enfant avec une vue de Venise, dite « Madone Tallard », peinte entre 1506 et 1513, montre la Vierge et l'Enfant devant un paysage brumeux où l'on distingue le campanile de la place Saint-Marc à Venise. Longtemps attribué à Giorgione, le tableau porte aujourd'hui une attribution plus prudente, partagée entre Giorgione lui-même, son contemporain Sebastiano del Piombo et le peintre vénitien Giovanni Cariani — un débat toujours ouvert, qui illustre à quel point les ateliers vénitiens du début du XVIe siècle rendent difficile la distinction entre la main d'un maître et celle de ses proches collaborateurs.
3. Bellini et Piero di Cosimo, deux paysages fondateurs
Saint Jérôme lisant dans un paysage de Giovanni Bellini, peint vers 1480-1490, montre le saint retiré dans le désert de Syrie, accompagné du lion dont il a jadis retiré une épine de la patte, plongé dans la lecture de la Bible qu'il traduira en latin. Au loin se dessine une ville fortifiée qui rappelle davantage les possessions vénitiennes de terre ferme que la Syrie antique. L'attribution à Bellini lui-même reste débattue — certains historiens ont proposé Andrea Previtali ou Vittore Carpaccio — mais la composition dérive presque certainement de son invention.
Le Feu de forêt de Piero di Cosimo, peint vers 1505, montre une multitude d'animaux effrayés, réels et imaginaires, fuyant un incendie de forêt en pleine action. Inspiré du cinquième livre du poème De la nature des choses de Lucrèce, ce panneau compte parmi les tout premiers paysages de la peinture de la Renaissance conçus comme sujet à part entière plutôt que comme simple arrière-plan.
4. Titien et Ghirlandaio, l'amour et le portrait
Le Triomphe de l'Amour de Titien, peint vers 1543-1546, montre Cupidon armé de son arc domptant un lion accroupi — une allégorie classique de l'amour venant à bout des passions les plus sauvages. Le panneau servait à l'origine de couvercle protecteur à un portrait de noble dame peint par Titien pour la collection Vendramin, une fonction pratique aujourd'hui largement oubliée devant la seule image qui subsiste.
Le Portrait d'un jeune homme de Domenico Ghirlandaio, peint vers 1477-1478, montre un modèle non identifié dans un format de portrait alors récemment popularisé par la peinture flamande. Ghirlandaio, formé comme orfèvre avant de devenir l'un des peintres florentins les plus demandés de la fin du XVe siècle, comptera plus tard le jeune Michel-Ange parmi ses élèves.
5. Allori, le dernier écho de Bronzino dans cette salle
Le Portrait d'un jeune homme d'Alessandro Allori, peint vers 1560 peu après son retour de Rome où il avait étudié l'art antique et moderne entre 1554 et 1560, montre un jeune homme à l'air hautain et raffiné, interrompant le polissage d'une médaille pour la présenter au spectateur — elle porte le profil d'une femme en costume antique. Son identité reste incertaine : on a proposé Paolo Capranica, apparenté à la famille Della Valle, ou un membre de la famille Conti Palma.
Élève de Bronzino, Allori partage avec son maître ce goût pour une élégance froide et distante, ici renforcée par le geste même du modèle : un jeune homme qui s'entoure d'objets à l'antique, comme le faisaient les collectionneurs raffinés de la Florence médicéenne de son temps. C'est le tableau le plus tardif de cette salle, presque un siècle après la Chasse dans la forêt d'Uccello.
6. Salle 42, à côté — l’Annonciation d’un jeune Uccello, un Fra Angelico et un Bellini
Dans la salle voisine (salle 42, « Early Italian Art »), l’Annonciation de Paolo Uccello (début des années 1420, tempera et dorure sur bois, 65 × 48 cm) est l’un de ses tout premiers tableaux : l’ange Gabriel annonce à Marie qu’elle enfantera le fils de Dieu (Luc 1, 26-28). Entrée au musée avec le don Fox-Strangways de 1850, elle a longtemps été attribuée à d’autres artistes et n’a été rendue à Uccello qu’en 1980, par comparaison avec sa Madone Beccuto. L’examen récent y a révélé un dessin sous-jacent vif, avec des repentirs — dont un changement de position du Saint-Esprit —, et un usage somptueux de l’or et du bleu outremer.
La Crucifixion avec la Vierge, saint Jean l’Évangéliste et la Madeleine de Fra Angelico (début des années 1420, tempera sur panneau à fond d’or) a passé environ deux siècles dans une collection privée britannique avant d’être reconnue comme une œuvre de Fra Angelico, en 1996. Le musée l’a acquise à la suite d’une campagne de dons soutenue par le National Heritage Memorial Fund, l’Art Fund et de nombreux donateurs. La Vierge fixe le regard vers l’extérieur, en larmes ; au sommet de la croix, un pélican nourrit ses petits de son propre sang, symbole du sacrifice du Christ ; l’arbre verdoyant suggère l’espoir et la vie nouvelle après la mort.
La Vierge à l’Enfant de Giovanni Bellini (fin des années 1460 – début des années 1470, tempera et dorure sur bois, 33,5 × 27,2 cm) a été acceptée par l’État britannique en paiement de droits de succession, sur la succession de Lord Clark of Saltwood, et attribuée à l’Ashmolean en 1987. Le fond d’or date du début du XXe siècle et les figures se détachaient peut-être à l’origine sur un rideau ou un paysage ; très restaurée, elle a été replacée dans un cadre de tabernacle grâce à la fondation Etrillard.
Combien de temps
Deux énigmes pour commencer — la construction du tableau d'Uccello, la paternité de la Madone Tallard —, puis cinq autres tableaux qui parcourent un siècle de peinture italienne, et trois œuvres de la salle voisine. Comptez environ une heure et quart pour l'ensemble.
- Repères sur la salle — 5 minutes.
- La Chasse dans la forêt (Uccello) — 8 minutes.
- La Madone Tallard — 6 minutes.
- Saint Jérôme lisant dans un paysage (Bellini) — 6 minutes.
- Le Feu de forêt (Piero di Cosimo) — 6 minutes.
- Le Triomphe de l'Amour (Titien) — 6 minutes.
- Portrait d'un jeune homme (Ghirlandaio) — 6 minutes.
- Portrait d'un jeune homme (Allori) — 6 minutes.
- L'Annonciation (Uccello, salle 42) — 7 minutes.
- La Crucifixion (Fra Angelico, salle 42) — 6 minutes.
- La Vierge à l'Enfant (Bellini, salle 42) — 5 minutes.
Sources et vérification
Vérifié auprès des notices officielles de l'Ashmolean Museum (ashmolean.org) et recoupé avec Wikipédia FR/EN.
- Ashmolean Museum — The Hunt in the Forest
- Wikipedia EN — The Hunt in the Forest
- Art UK — The Virgin and Child with a View of Venice (The Tallard Madonna)
- Wikipedia EN — Sebastiano del Piombo
- Ashmolean Museum — Italian Renaissance Gallery
- Art UK — St Jerome reading in a Landscape, Giovanni Bellini (Ashmolean)
- Wikipedia EN — The Forest Fire, Piero di Cosimo
- Art UK — The Triumph of Love, Titian (Ashmolean)
- Art UK — Portrait of a Young Man, Domenico Ghirlandaio (Ashmolean)
- Art UK — Portrait of a Young Man, Alessandro Allori (Ashmolean)
- Ashmolean Museum — Early Italian Art Gallery (Gallery 42)
- Ashmolean Museum — Fra Angelico, The Crucifixion
Les accrochages et les ouvertures de salles peuvent changer. Vérifiez le jour même sur le site du Ashmolean Museum, Oxford avant de suivre un itinéraire.
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L’Ashmolean Museum, Oxford
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