Sickert et le groupe de Camden Town
Cette salle, intitulée « Sickert et ses contemporains », réunit des œuvres de Walter Sickert et des peintres réunis autour de lui à Londres dans les années 1900-1920 — élève de Whistler et admirateur de Degas rencontré lors de ses séjours parisiens, Sickert organise dans son atelier de Camden Town des réunions informelles qui donnent naissance au groupe du même nom, actif lors de trois expositions entre 1911 et 1912.
1. Cinq versions du même couple, et un essai de Virginia Woolf
Ennui est la dernière d'au moins cinq versions peintes par Walter Sickert sur le même thème : un homme fume un cigare, indifférent, pendant qu'une femme assise près de lui fixe sans le voir un bocal d'oiseaux empaillés. Les modèles de la toute première version, exposée en 1914, sont Hubby, un ancien camarade d'école de Sickert tombé dans la pauvreté et que le peintre a longtemps soutenu, et Marie Hayes, qui a posé pour lui à plusieurs reprises. La version conservée à l'Ashmolean, considérée par plusieurs critiques comme la plus réussie de la série, remplace les murs nus de l'original par un papier peint à motifs et des couleurs plus vives.
En 1934, l'écrivaine Virginia Woolf publie un essai, « Walter Sickert : une conversation », inspiré en partie par ce tableau : elle y invente toute une histoire pour expliquer le silence pesant entre les deux personnages, saluant chez Sickert un peintre qui raconte des histoires sans jamais avoir besoin des mots.
2. Gore et Bevan, la vie moderne loin du centre de Londres
Le Chemin de cendrée de Spencer Gore, peint en 1912, montre un sentier qui reliait la vieille ville marchande de Baldock au bout de Works Road, à Letchworth — la cité-jardin où Gore séjourne cet été-là chez son ami peintre Harold Gilman. La juxtaposition audacieuse de plages de couleur pure, non modulées, trahit l'intérêt de Gore pour la peinture française moderne qu'il découvre alors.
Vente de chevaux chez Tattersalls de Robert Bevan, peint vers 1919, montre l'une des plus importantes ventes de chevaux de Grande-Bretagne, où l'élite du monde des courses venait chercher son prochain vainqueur du Grand National. Le sujet — cours de fiacres, écuries, ventes de chevaux — lui a été suggéré par Sickert lui-même, en accord avec les préoccupations du groupe de Camden Town pour la vie urbaine ordinaire plutôt que pour les sujets nobles.
3. Sickert, un deuxième regard : Ethel Sands et les Pierrots de Brighton
Le Portrait d'Ethel Sands, peint par Sickert en 1913-1914, montre une riche héritière et peintre elle-même, dont la famille avait fait fortune grâce au remède breveté de son grand-père contre la dysenterie. Sickert était proche de la famille Sands ; Ethel et son frère Morton comptent parmi les plus importants collectionneurs de son œuvre de son vivant.
Les Pierrots de Brighton, peints par Sickert en 1915, montrent un spectacle de plage vu de biais et légèrement de dos, spectateurs et chaises longues vides sous un ciel du soir d'un rouge vif. Peint en pleine Première Guerre mondiale, le tableau capture l'atmosphère particulière de Brighton à cette époque — une destination de vacances sans esprit de vacances, les jeunes hommes étant partis au front et le bruit lointain des canons parvenant depuis l'autre côté de la Manche.
4. Gwen John, la convalescente silencieuse
La Convalescente de Gwen John, peinte entre 1923 et 1924, montre une jeune femme assise dans un fauteuil en osier, plongée dans la lecture d'un livre ou d'un papier posé sur ses genoux — l'un des sujets que l'artiste reprend plusieurs fois dans son atelier de Meudon, près de Paris. L'identité du modèle reste inconnue, mais l'immobilité presque solennelle de la pose s'accorde avec le reste de cette salle, tout entière construite autour de figures saisies dans un silence qui en dit long.
5. Gilman, le papier peint bleu de Mrs Mounter
Intérieur avec Mrs Mounter, peint par Harold Gilman en 1916-1917, montre sa logeuse au 47 Maple Street, près de Tottenham Court Road, où le peintre habite entre l'échec de son premier mariage et son remariage avec Sylvia Hardy en 1917. Gilman semble avoir été particulièrement attaché au papier peint bleu criard de cet appartement : on le retrouve dans plusieurs de ses intérieurs peints à la même période.
Membre fondateur du groupe de Camden Town aux côtés de Sickert, Gore et Bevan, Gilman pousse la palette du groupe vers des couleurs plus vives et des touches plus épaisses, sous l'influence du postimpressionnisme français qu'il découvre lors d'un voyage à Paris avec Ginner en 1911 — une évolution qui l'éloignera progressivement du naturalisme plus sombre de Sickert.
6. Galerie 65, à côté — Camille Pissarro, le père de Lucien
Les liens de la salle 63 avec Pissarro passent par Lucien Pissarro, fils du peintre impressionniste et artiste associé au cercle de Camden Town. Dans la galerie voisine (65, consacrée à Pissarro), Vue de ma fenêtre par temps nuageux (Camille Pissarro, 1886-1888, huile sur toile) témoigne de sa brève expérience de la technique pointilliste, minutieuse et exigeante. Coucher de soleil à Éragny, automne (1902, huile sur toile) est peint l’année précédant sa mort.
Combien de temps
Cherchez le regard vide de la femme d'Ennui, tourné vers le bocal d'oiseaux empaillés : c'est le détail qui a le plus fasciné Virginia Woolf. Comptez un peu plus d'une heure pour les sept tableaux de la salle et les deux Pissarro de la galerie voisine.
- Repères sur Sickert et le groupe de Camden Town — 5 minutes.
- Ennui (Sickert) — 8 minutes.
- Le Chemin de cendrée (Gore) — 6 minutes.
- Vente de chevaux chez Tattersalls (Bevan) — 6 minutes.
- Portrait d'Ethel Sands (Sickert) — 6 minutes.
- Les Pierrots de Brighton (Sickert) — 6 minutes.
- La Convalescente (Gwen John) — 6 minutes.
- Intérieur avec Mrs Mounter (Gilman) — 6 minutes.
- Vue de ma fenêtre par temps nuageux (Camille Pissarro, galerie 65) — 6 minutes.
- Coucher de soleil à Éragny, automne (Camille Pissarro, galerie 65) — 6 minutes.
Sources et vérification
Vérifié auprès des notices officielles de l'Ashmolean Museum (ashmolean.org) et recoupé avec Wikipédia FR/EN.
- Ashmolean Museum — Ennui
- Wikipedia EN — Ennui (Sickert)
- Tate — Walter Richard Sickert, 'Ennui' c.1914
- Ashmolean Museum — Sickert and His Contemporaries Gallery (Room 63)
- Art UK — The Cinder Path, Spencer Gore (Ashmolean)
- Art UK — Showing at Tattersalls, Robert Bevan (Ashmolean)
- Ashmolean Museum — Hidden Histories: Ethel Sands
- Wikipedia EN — Brighton Pierrots
- Ashmolean Museum — Gwen John's Quiet Genius (The Convalescent)
- Art UK — Interior with Mrs Mounter, Harold Gilman (Ashmolean)
- Wikipedia EN — Harold Gilman
- Ashmolean Museum — Pissarro Gallery (Gallery 65)
Les accrochages et les ouvertures de salles peuvent changer. Vérifiez le jour même sur le site du Ashmolean Museum, Oxford avant de suivre un itinéraire.
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