Londres · Royal Museums Greenwich · Nelson, Navy, Nation Gallery

Un amiral fusillé par ses propres hommes « pour encourager les autres »

Une marine qui célèbre ses héros peut aussi, dans la même salle, exposer le tableau de l'exécution d'un de ses propres amiraux — fusillé par ses propres hommes non pour trahison, mais pour ne pas avoir fait tout son possible. Voltaire en tirera l'une de ses phrases les plus célèbres. Tout autour, le premier portrait jamais publié de Nelson, sa mort peinte comme une scène religieuse, et l'explosion qui a décidé du sort de l'Égypte de Napoléon.

Salles et œuvres vérifiées sur la base de collections du musée

Napoléon Bonaparte à bord du Bellerophon, peinture de Charles Lock Eastlake, à Royal Museums Greenwich
Charles Lock Eastlake, Napoléon Bonaparte à bord du Bellerophon (1815) — Wikimedia Commons, Domaine public

Une salle pour l'histoire de la Royal Navy

Cette galerie retrace l'histoire de la marine britannique à travers ses grandes figures et ses grands moments, de l'apogée héroïque incarnée par Nelson jusqu'aux épisodes plus sombres que l'institution a aussi choisi de montrer plutôt que d'effacer.

1. Fusillé sur son propre pont pour ne pas avoir « fait tout son possible »

L'Exécution de l'amiral Byng, le 14 mars 1757, montre la mort de John Byng, fusillé par six fusiliers marins sur le pont du navire amiral HMS Monarch, dans le port de Portsmouth, après avoir été jugé coupable de ne pas avoir « fait tout son possible » pour secourir la garnison britannique assiégée de Minorque. Selon le journal de bord du Monarch, Byng est déclaré mort à midi et aussitôt mis en cercueil.

L'épisode inspire à Voltaire, dans Candide, l'une de ses formules les plus célèbres : en Angleterre, il est bon de tuer de temps en temps un amiral pour encourager les autres.

2. Napoléon vaincu, observé par des centaines de curieux en barque

Napoléon Bonaparte à bord du Bellerophon, dans la rade de Plymouth, peint par Charles Lock Eastlake en 1815, montre l'empereur déchu peu après son embarquement le 15 juillet 1815. Pendant plusieurs semaines, alors que son sort se décide, Napoléon apparaît chaque soir vers 18 heures sur le pont pour le bénéfice des nombreuses embarcations de curieux venus l'apercevoir depuis la rade — c'est en observant ces apparitions qu'Eastlake, alors jeune peintre, esquisse sur le vif le portrait qui rendra ce tableau immédiatement célèbre lors de son exposition à Londres.

3. Rigaud, le premier portrait jamais publié de Nelson

Le Capitaine Horatio Nelson, 1758-1805, peint par John Francis Rigaud entre 1777 et 1781, montre Nelson en pied, en grand uniforme de capitaine, la main posée sur son épée, le fort San Juan visible en arrière-plan — un site qu'il avait contribué à prendre lors d'une expédition au Nicaragua en 1780. Une analyse aux rayons X révèle que Rigaud avait d'abord peint un Nelson tête nue en uniforme de lieutenant, avant de reprendre le tableau pour représenter un visage aminci, marqué par les fièvres tropicales qui avaient failli le tuer. Gravé en 1797, ce portrait devient le premier jamais publié de Nelson.

4. La mort de Nelson, peinte comme une scène religieuse

La Mort de Nelson, le 21 octobre 1805, peint par Arthur William Devis en 1807, montre les derniers instants de l'amiral dans l'entrepont du Victory, entouré du capitaine Hardy, du chirurgien William Beatty et de l'aumônier du bord. Devis peint cette scène à partir d'un croquis posthume du corps de Nelson, réalisé à bord du Victory à son retour en Angleterre en décembre 1805, complété par des croquis pris sur le vif des hommes présents à son chevet. La composition emprunte à l'iconographie religieuse de la Renaissance, baignant Nelson d'une lumière dorée qui transforme une mort militaire en scène quasi sacrée.

5. Une explosion qui a changé le cours de la guerre, et un lancement de vaisseau

La Destruction du Orient à la bataille du Nil, le 1er août 1798, peint par George Arnald entre 1825 et 1827, montre l'explosion du vaisseau amiral français, qui tue l'amiral Brueys et la majeure partie de son équipage à 22 heures, illuminant la nuit d'une lueur orange autour du HMS Swiftsure — une défaite qui isole l'armée de Napoléon en Égypte.

Le Royal George à Deptford, montrant le lancement du Cambridge, peint par John Cleveley l'Ancien, associe deux événements distincts sur un même tableau : le lancement réel du Cambridge à Deptford en 1755, et une vue du Royal George, en réalité lancé un an plus tard à Woolwich — Cleveley, qui travaillait comme charpentier de marine dans ce chantier naval, connaissait intimement les navires qu'il peignait.

6. Le manteau que Nelson portait à Trafalgar

Le manteau de Trafalgar est l’habit de petite tenue de vice-amiral, en drap de laine bleu, avec col montant, revers boutonnés et galons d’or, que Nelson portait le 21 octobre 1805. Le trou de la balle tirée par un tireur d’élite français est visible dans l’épaule gauche ; quatre ordres de chevalerie sont cousus sur le devant. Une petite boucle sur la manche droite servait à la fixer à un bouton du revers, Nelson ayant perdu le bras droit en 1797. Les taches de sang sur les pans et la manche gauche seraient celles de son secrétaire, John Scott, tué plus tôt dans la bataille.

7. Une évasion déguisée en douanier français

L’uniforme de Charles Hare raconte un autre visage de la guerre navale. Aspirant de la Royal Navy prisonnier dans la France napoléonienne, Hare s’évade le 12 août 1809 en se faisant passer pour un douanier français ; il porte pour cela un habit de douanier orné d’aigles brodées. Se faire passer pour un officier français était assimilé à de l’espionnage et passible de mort immédiate. L’habit, conservé plus de deux siècles et récemment restauré par le musée, est exposé ici, avec le récit écrit de l’évasion que Hare a laissé.

Combien de temps

Deux images de défaite militaire, traitées à un siècle et demi de distance : l'une comme un châtiment exemplaire, l'autre comme un spectacle public.

  • Repères sur la salle — 6 minutes.
  • L'Exécution de l'amiral Byng — 8 minutes.
  • Napoléon à bord du Bellerophon — 8 minutes.
  • Le Capitaine Horatio Nelson (Rigaud) — 6 minutes.
  • La Mort de Nelson (Devis) — 9 minutes.
  • La Destruction du Orient (Arnald) — 7 minutes.
  • Le Royal George à Deptford (Cleveley) — 6 minutes.
  • Le manteau de Trafalgar (Nelson) — 7 minutes.
  • L’uniforme de Charles Hare — 6 minutes.

Sources et vérification

Vérifié auprès des notices officielles de Royal Museums Greenwich (rmg.co.uk / collections.rmg.co.uk) et recoupé avec Wikipédia FR/EN.

Les accrochages et les ouvertures de salles peuvent changer. Vérifiez le jour même sur le site du Royal Museums Greenwich, Londres avant de suivre un itinéraire.

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Royal Museums Greenwich, Londres

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