New York · MoMA · Salle 502

Les Demoiselles d'Avignon : le tableau que Picasso a caché pendant neuf ans

Le tableau est à New York depuis 1939, mais son histoire commence par un long silence : Picasso l'a peint en 1907 et ne l'a montré au public que neuf ans plus tard. La salle 502 du MoMA raconte ce que ce silence a précédé.

Salles et œuvres vérifiées sur la base de collections du musée

Un tableau montré neuf ans après avoir été peint

Picasso peint Les Demoiselles d'Avignon à Paris entre juin et juillet 1907, dans son atelier du Bateau-Lavoir. Le tableau reste ensuite roulé, montré à quelques proches seulement — Braque, Matisse et Derain le découvrent et restent troublés — jusqu'à sa première exposition publique en 1916, au Salon d'Antin. Picasso lui-même semble avoir hésité sur ce qu'il avait peint : le titre actuel n'est pas de lui, mais du critique André Salmon, qui l'emprunte au nom d'une rue de Barcelone connue pour ses maisons closes.

La salle 502 réunit ce tableau avec deux œuvres qui l'entourent dans le temps : une étude préparatoire et une toile antérieure qui montre d'où vient la figure centrale du tableau.

1. Cinq femmes, deux styles dans un seul tableau

Regardez les cinq figures de gauche à droite : les trois de gauche restent proches de l'art ibérique que Picasso connaît depuis 1906, tandis que les deux de droite, aux visages traités en plans anguleux évoquant des masques, doivent davantage à l'art africain qu'il découvre au musée d'ethnographie du Trocadéro au printemps 1907. Cette rupture interne, visible dans un seul et même tableau, est l'une des raisons pour lesquelles Les Demoiselles sont considérées comme l'acte de naissance du cubisme plutôt que comme un aboutissement du fauvisme dont Picasso partait.

Le tableau mesure 2,43 mètres sur 2,33 — un format de grande peinture d'histoire, habituellement réservé à des scènes religieuses ou mythologiques, ici appliqué à cinq figures nues dans un bordel. C'est aussi ce décalage entre le format solennel et le sujet cru qui a déconcerté les premiers visiteurs venus le voir en 1916.

2. Étude pour les Demoiselles : le visage avant le masque

L'Étude pour Les Demoiselles d'Avignon, peinte au tout début de 1907, montre un stade antérieur de la composition, avant que Picasso ne pousse les visages vers l'abstraction anguleuse du tableau final. Placée à côté de l'œuvre achevée, elle permet de mesurer concrètement le chemin parcouru en quelques mois seulement — un visage encore lisible devient un masque presque géométrique.

3. Deux Nus et Nu aux mains jointes : les visages qui préfigurent les Demoiselles

Deux Nus, peint à la fin de 1906, montre deux femmes presque en miroir l'une de l'autre, aux teintes de terre cuite et aux corps massifs qui trahissent l'intérêt de Picasso pour la sculpture ibérique ancienne de son Espagne natale. Le visage de la figure de gauche, au nez anguleux et aux yeux sombres et creusés, ressemble frappamment à celui de la femme la plus à gauche des Demoiselles, accrochées dans la même salle — comme elle, cette figure entrouvre un rideau et regarde vers l'extérieur, comme si elle invitait le visiteur à entrer.

Nu aux mains jointes, peint la même année, appartenait autrefois à Leo et Gertrude Stein, qui l'achètent directement à Picasso avant que la toile ne reste dans la collection de Gertrude Stein jusqu'en 1946 — le couple de collectionneurs américains dont le salon parisien a réuni très tôt Picasso, Matisse et leurs cercles respectifs.

4. Femme se coiffant : l'art ibérique avant l'Afrique

Femme se coiffant, peint à Paris à la fin de l'été ou à l'automne 1906, montre une femme nue, les bras levés derrière la tête pour natter ses cheveux — un geste d'intimité et de naturel, dans une facture aux contours plus fermes que la douceur du corps. Le tableau appartient à la même période que Deux Nus, marquée par la découverte des sculptures ibériques antiques au musée du Louvre, où Picasso voit notamment les pièces du Cerro de los Santos et la Dame d'Elche — une influence qui, combinée à la leçon de Cézanne sur le cube, le cylindre et la sphère, prépare directement la rupture des Demoiselles l'année suivante.

5. Garçon menant un cheval : juste avant la rupture

Garçon menant un cheval, peint à Paris en 1905-1906, appartient à la période qui précède immédiatement Les Demoiselles : un dessin encore classique, des couleurs sourdes, un sujet presque intemporel. Placé dans la même salle, il sert de point de comparaison : moins de deux ans séparent ce garçon au corps harmonieux du visage fracturé des Demoiselles.

Le tableau entre au MoMA en 1939, acquis par legs de Lillie P. Bliss — mais pas directement : le musée l'obtient en échange d'un tableau de Degas, Jockeys à cheval devant des collines lointaines, déjà présent dans la collection Bliss. C'est ce mécanisme d'échange, prévu par le testament de Bliss, qui a permis au MoMA de réunir plusieurs pièces majeures de sa collection dans les années suivant sa mort en 1931.

6. Tête de femme endormie : une étude née du même carnet

La Tête de femme endormie (étude pour Nu à la draperie), peinte à Paris à l'été 1907, appartient à un carnet de croquis — le Carnet 10 — utilisé par Picasso entre juin et juillet 1907 pour préparer aussi bien les Demoiselles que ce Nu à la draperie, aujourd'hui conservé au musée de l'Ermitage. Le visage, simplifié en larges plans, montre la même recherche que celle qui aboutit aux figures les plus radicales des Demoiselles, mais appliquée ici à une tête isolée plutôt qu'à une composition entière.

Accrochée dans la même salle, cette étude rappelle que Les Demoiselles n'est pas un accident isolé dans l'œuvre de Picasso à l'été 1907, mais un chantier mené sur plusieurs fronts à la fois — peintures, études, carnets — dont le tableau principal n'est que la pièce la plus visible.

7. Deux têtes : l’aquarelle de 1906 et la Tête de femme de 1908

Tête (étude pour Les Demoiselles d’Avignon), de 1906, est une aquarelle sur papier de 22,4 × 17,5 cm (collection John S. Newberry). Picasso réalise des centaines d’esquisses et d’études préparatoires à partir de l’hiver 1906, avant d’arriver à la composition finale à l’automne : ce petit visage en fait partie.

Tête de femme, du début de 1908 (huile sur toile, 73,6 × 60,6 cm), est peinte quelques mois après les Demoiselles. Elle appartient d’abord à Maurice de Vlaminck, à Paris, en 1908, puis passe entre les mains de plusieurs marchands et collectionneurs — Flechtheim, Cassirer, Thannhauser — avant d’entrer au MoMA en 1996 par le legs Florene May Schoenborn.

Combien de temps

La salle se visite rapidement, mais Les Demoiselles justifient de s'arrêter longuement : c'est un tableau qui se lit de gauche à droite, comme une bascule stylistique en train de se produire sous vos yeux.

  • Les Demoiselles d'Avignon — 14 minutes.
  • Étude pour Les Demoiselles d'Avignon — 5 minutes.
  • Deux Nus — 7 minutes.
  • Nu aux mains jointes — 6 minutes.
  • Femme se coiffant — 6 minutes.
  • Garçon menant un cheval — 7 minutes.
  • Tête de femme endormie (étude pour Nu à la draperie) — 5 minutes.
  • Tête (étude pour Les Demoiselles d'Avignon), 1906 — 4 minutes.
  • Tête de femme, 1908 — 7 minutes.

Sources et vérification

Vérifié auprès des pages de conservation et de collection du MoMA (moma.org) et recoupé avec Wikipédia FR/EN.

Les accrochages et les ouvertures de salles peuvent changer. Vérifiez le jour même sur le site du MoMA avant de suivre un itinéraire.

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Le MoMA, New York

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