New York · Metropolitan Museum of Art · Galerie 825

Un autoportrait de Van Gogh peint sur une étude de paysan trop pauvre pour jeter

Faute d'argent pour une toile neuve, Van Gogh peint parfois son propre visage par-dessus une étude plus ancienne. Cette salle réunit ce genre d'économie de moyens avec Gauguin après son départ pour Tahiti et le premier tableau nocturne jamais peint par Seurat, une scène de fête foraine éclairée au gaz.

Salles et œuvres vérifiées sur la base de collections du musée

Autoportrait au chapeau de paille, peinture de Vincent van Gogh, au Metropolitan Museum of Art
Vincent van Gogh, Autoportrait au chapeau de paille (1887) — Wikimedia Commons, Domaine public

Trois piliers du postimpressionnisme dans une seule salle

Cette galerie réunit Vincent van Gogh, Paul Gauguin et Georges Seurat — trois peintres qui, à la fin des années 1880, cherchent chacun à sa manière à dépasser l'impressionnisme : par la couleur pure et le geste chargé d'émotion chez Van Gogh, par l'aplat symboliste et les couleurs de Tahiti chez Gauguin, par la méthode scientifique du pointillisme chez Seurat.

1. Un autoportrait peint sur une toile déjà utilisée

Autoportrait au chapeau de paille, peint par Van Gogh en 1887 pendant son séjour parisien, est peint au recto d'une toile dont le verso porte un tableau antérieur, L'Éplucheuse de pommes de terre, réalisé en 1885 durant sa période hollandaise à Nuenen. Faute de moyens, Van Gogh réutilise cette toile déjà peinte plutôt que d'en acheter une neuve — un geste que l'on retrouve sur plusieurs de la vingtaine d'autoportraits peints pendant ses deux années parisiennes, où il se sert de son propre visage comme modèle faute de pouvoir payer quelqu'un d'autre.

2. Deux natures mortes, de Paris à Arles

Les Tournesols peints à Paris en 1887 témoignent de la même période que l'autoportrait, avant que Van Gogh ne développe la version la plus célèbre de ce motif l'année suivante, à Arles.

Oléandres, peint en août 1888 à Arles, montre un vase de majolique — le même que dans d'autres natures mortes d'Arles — rempli de ces fleurs que Van Gogh associe à la joie de vivre, capables selon lui de fleurir « inépuisablement ». Il glisse dans la composition un exemplaire du roman La Joie de vivre d'Émile Zola, écho voulu à une nature morte plus ancienne où il opposait un autre livre de Zola à une Bible ouverte.

3. L'Arlésienne, le portrait né d'un défi avec Gauguin

L'Arlésienne : Madame Joseph-Michel Ginoux, peint par Van Gogh en 1888-1889, représente la tenancière du Café de la Gare à Arles, coiffée du costume traditionnel des Arlésiennes. Van Gogh peint ce portrait d'après un dessin au fusain que Gauguin avait réalisé du modèle lors d'une séance de pose commune, en novembre 1888 — Van Gogh en peindra encore plusieurs versions par la suite, depuis l'asile de Saint-Rémy.

4. Seurat, la fête foraine et son premier nocturne

Parade de cirque, peint par Seurat en 1887-1888, représente la parade gratuite donnée devant un cirque installé place de la Nation, à Paris, lors de la grande foire aux pains d'épices du printemps 1887 — ce genre de spectacle gratuit, joué devant le chapiteau, servait à attirer les spectateurs pour qu'ils achètent ensuite leur billet. C'est le premier tableau nocturne de Seurat, et le premier consacré aux spectacles populaires : au Salon des indépendants de 1888, il l'expose aux côtés d'une scène de jour pour démontrer l'étendue de sa technique pointilliste, ici dominée par des touches violettes, bleu-gris, orange et vertes sous la lumière artificielle du gaz.

Sur un mur voisin, la toute petite Vue de la Seine, peinte vers 1882-1883, montre Seurat au tout début de sa carrière, dans un format de poche qui tranche avec les grandes compositions construites de sa maturité.

5. Gauguin, la Vierge tahitienne

Ia Orana Maria (« Je vous salue Marie »), peint par Gauguin en 1891, montre une Vierge à l'Enfant tahitienne vêtue d'un pareo, vénérée par deux femmes aux mains jointes, un ange aux ailes jaunes flottant derrière elles. Peint quelques mois après l'arrivée du peintre à Tahiti, le tableau mêle l'iconographie chrétienne qu'il emporte avec lui et les couleurs, les visages et les motifs polynésiens qu'il découvre sur place — Gauguin le considérait comme le meilleur tableau qu'il ait jamais peint là-bas.

6. Van Gogh copiste : Millet traduit plutôt que recopié

Les Premiers pas, d'après Millet, peint en janvier 1890 durant son internement volontaire à l'asile de Saint-Rémy-de-Provence, appartient à une série de vingt et une copies que Van Gogh peint à cette période d'après des œuvres de Jean-François Millet, peintre qu'il admirait profondément. Van Gogh ne considérait pas ce travail comme une simple reproduction, mais comme une « traduction », à la manière d'un musicien interprétant la partition d'un autre compositeur — il part ici d'une photographie de l'original de Millet, qu'il quadrille pour la reporter sur sa toile.

Combien de temps

Cherchez la mention du verso sur le cartel de l'autoportrait de Van Gogh — le tableau caché derrière ne se voit pas, mais son existence change la lecture de l'œuvre.

  • Repères sur le postimpressionnisme dans cette salle — 5 minutes.
  • Autoportrait au chapeau de paille (Van Gogh) — 8 minutes.
  • Tournesols (Van Gogh) — 6 minutes.
  • Oléandres (Van Gogh) — 6 minutes.
  • L'Arlésienne (Van Gogh) — 7 minutes.
  • Parade de cirque (Seurat) — 8 minutes.
  • Vue de la Seine (Seurat) — 4 minutes.
  • Ia Orana Maria (Gauguin) — 8 minutes.
  • Les Premiers pas, d'après Millet (Van Gogh) — 8 minutes.

Sources et vérification

Vérifié auprès des notices officielles du Metropolitan Museum of Art (metmuseum.org) et recoupé avec Wikipédia FR/EN.

Les accrochages et les ouvertures de salles peuvent changer. Vérifiez le jour même sur le site du Metropolitan Museum of Art, New York avant de suivre un itinéraire.

Poursuivre la visite

Metropolitan Museum of Art, New York

Écouter le commentaire sur place

L’itinéraire vous donne un fil. Devant une œuvre, CulturAll ajoute le commentaire audio : photographiez le tableau ou son cartel, écoutez, puis posez vos questions.