Londres · National Portrait Gallery · Salle 9

Les visages du siècle des Lumières anglais

Une salle, une génération, et les visages de ceux qui ont redéfini ce que l'Angleterre pensait savoir sur l'univers, le pouvoir, la musique et elle-même — entre la fin du XVIIe siècle et le milieu du XVIIIe.

Salles et œuvres vérifiées sur la base de collections du musée

Portrait de Sir Isaac Newton, peinture de Sir Godfrey Kneller, à la National Portrait Gallery
Sir Godfrey Kneller, Portrait de Sir Isaac Newton (1702) — Wikimedia Commons, Domaine public

Le portrait comme registre d'une génération

Cette salle réunit des portraits peints entre la fin des années 1600 et le milieu du XVIIIe siècle : savants, écrivains, musiciens et artistes qui composent, ensemble, le portrait collectif d'une génération anglaise convaincue que la raison pouvait tout expliquer — de la gravitation universelle à la nature humaine. Le musée résume lui-même cette salle par la formule « Art, science et société, 1660-1760 ».

1. Newton, la gravitation rendue visible

Le portrait de Sir Isaac Newton par Sir Godfrey Kneller, peint en 1702 dans un ovale feint, montre le savant peu après la publication de ses grandes découvertes sur la gravitation universelle et l'optique. Kneller, portraitiste officiel de plusieurs monarques successifs, peint Newton avec la même dignité posée que ses portraits royaux — un choix qui en dit long sur le prestige social déjà acquis par les savants de cette génération.

2. Hogarth se peint lui-même, entre son chien et ses livres

William Hogarth peint son propre autoportrait vers 1757-1758, en fin de carrière — l'année même où il est nommé peintre attitré du roi George II. Il s'y montre en train de peindre Thalie, muse de la comédie, entouré d'un chien et de volumes reliés, une manière de revendiquer une place dans la tradition savante plutôt que dans celle, moins prestigieuse à l'époque, du simple artisan peintre. Une analyse aux rayons X a révélé que la composition originale incluait un détail qu'Hogarth a finalement supprimé : son chien en train d'uriner sur une pile de tableaux de vieux maîtres — une plaisanterie privée sur son propre rapport, ambivalent, à la peinture académique.

3. Locke et Swift, la philosophie et la satire

Le portrait de John Locke par Michael Dahl, peint vers 1693, montre le philosophe dont les théories sur la connaissance et le gouvernement civil influenceront directement les révolutions américaine et française un siècle plus tard.

À proximité, le portrait de Jonathan Swift, issu de l'atelier de Charles Jervas d'après un original de 1709-1710, montre l'auteur des Voyages de Gulliver dans le même format ovale que Newton — une convention de présentation qui uniformise visuellement des figures aux domaines pourtant très différents : science, philosophie, satire littéraire.

4. Wren et Haendel, l'architecte et le musicien

Le portrait de Sir Christopher Wren par Godfrey Kneller, peint en 1711, montre l'architecte à soixante-dix-neuf ans, un compas à la main posé sur un plan de la cathédrale Saint-Paul — l'édifice qu'il a conçu après le grand incendie de Londres de 1666, et qui touche alors à son achèvement sous le règne de la reine Anne. Kneller peint ici, comme pour Newton, un savant devenu une figure d'État.

Le portrait de Georg Friedrich Haendel par Balthasar Denner, peint entre 1726 et 1728 dans un ovale feint, est considéré comme le tout premier portrait connu du compositeur. Denner, peintre venu de Hambourg comme Haendel lui-même, séjourne à Londres d'août 1726 à juillet 1728 — une fenêtre qui correspond exactement à la datation du tableau. Une restauration récente a révélé, sous la perruque très stylisée conforme aux conventions de l'époque, un visage étonnamment perspicace et direct.

5. Sloane et Hobbes, la collection et le contrat social

Le portrait de Sir Hans Sloane par Stephen Slaughter, peint en 1736, montre le médecin et collectionneur assis dans le fauteuil de président de la Royal Society, la masse cérémonielle de la société à ses côtés, tenant un dessin tiré de son propre ouvrage botanique représentant une plante rapportée de Jamaïque. C'est la collection personnelle de curiosités, de spécimens et de manuscrits rassemblée par Sloane au fil de sa vie qui, léguée à la nation à sa mort en 1753, deviendra le fonds fondateur du British Museum.

Le portrait de Thomas Hobbes par John Michael Wright, peint vers 1669-1670, montre le philosophe à environ quatre-vingts ans, plus de vingt ans après la publication du Léviathan (1651), l'ouvrage qui a posé les bases de la théorie moderne du contrat social. Wright peint un vieillard au regard encore vif, dans un format de buste dépouillé qui laisse toute la place à l'expression du visage plutôt qu'aux attributs de fonction.

6. Boyle et Halley, deux fondateurs de la science moderne

Le portrait de Robert Boyle, d’après Johann Kerseboom (huile sur toile, environ 127 × 103,5 cm, d’après une œuvre de 1689-1690 environ), montre l’un des pionniers de la chimie moderne et membre fondateur de la Royal Society, célèbre pour la loi de Boyle sur la pression et le volume des gaz. Son goût de l’expérimentation et de l’observation méticuleuse lui a valu de nombreuses découvertes. Le portrait évoque son milieu aristocratique et ses intérêts savants par la pièce richement décorée, la robe universitaire noire et le livre. Le musée rappelle aussi que sa théorie selon laquelle la peau noire serait une version dégénérée de la peau blanche a servi à justifier l’esclavage ; de plus en plus mal à l’aise devant la cruauté qui en découlait, il n’a pourtant jamais remis en cause l’existence de la traite.

Le portrait d’Edmond Halley, par Richard Phillips (huile sur toile, ovale feint, avant 1722, 75 × 62 cm), montre l’astronome surtout connu pour la comète qui porte son nom. Il a aussi conçu un scaphandre alimenté en air. Élu à la Royal Society à 22 ans pour ses découvertes astronomiques, il rend visite à Newton en 1684 pour discuter des orbites planétaires : cet échange mène à la publication des Principia, que Halley pousse, finance et suit à l’impression. Sans lui, l’un des livres les plus influents de l’histoire des sciences n’aurait peut-être pas été publié.

Combien de temps

Une salle dense en noms célèbres, mais des tableaux de format souvent modeste — comptez un peu plus d'une heure pour les dix portraits.

  • Repères sur la salle (« Art, science et société ») — 5 minutes.
  • Sir Isaac Newton (Kneller) — 7 minutes.
  • Autoportrait de Hogarth — 7 minutes.
  • John Locke (Dahl) — 6 minutes.
  • Jonathan Swift (atelier de Jervas) — 6 minutes.
  • Sir Christopher Wren (Kneller) — 7 minutes.
  • Georg Friedrich Haendel (Denner) — 7 minutes.
  • Sir Hans Sloane (Slaughter) — 6 minutes.
  • Thomas Hobbes (Wright) — 6 minutes.
  • Robert Boyle (d'après Kerseboom) — 5 minutes.
  • Edmond Halley (Phillips) — 5 minutes.

Sources et vérification

Vérifié auprès des notices officielles de la National Portrait Gallery (npg.org.uk) et recoupé avec Wikipédia FR/EN.

Les accrochages et les ouvertures de salles peuvent changer. Vérifiez le jour même sur le site du National Portrait Gallery avant de suivre un itinéraire.

Poursuivre la visite

La National Portrait Gallery, Londres

Écouter le commentaire sur place

L’itinéraire vous donne un fil. Devant une œuvre, CulturAll ajoute le commentaire audio : photographiez le tableau ou son cartel, écoutez, puis posez vos questions.