Édimbourg · Scottish National Gallery · La collection Bridgewater

Deux Titien sauvés pour 95 millions de livres, et toute une collection avec eux

Deux scènes mythologiques peintes pour un roi d'Espagne au XVIe siècle ont manqué de quitter le Royaume-Uni au XXIe. Une collecte publique record les a sauvées — et a garanti du même coup que le reste de la collection prêtée par la même famille depuis 1945, un Raphaël, un Rembrandt, plusieurs Poussin, resterait aussi exposé à Édimbourg pour plusieurs décennies.

Salles et œuvres vérifiées sur la base de collections du musée

Diane et Actéon, peinture de Titien, à la Scottish National Gallery
Titien (Tiziano Vecellio), Diane et Actéon (1556-1559) — Wikimedia Commons, Domaine public

La collection Bridgewater, prêtée à Édimbourg depuis 1945

Le 5e comte d'Ellesmere, futur 6e duc de Sutherland, dépose en 1945 à la Scottish National Gallery une partie de la collection Bridgewater, l'une des plus importantes collections privées de maîtres anciens jamais réunies au Royaume-Uni. Deux Titien y figurent parmi les pièces maîtresses, aux côtés d'un Raphaël, d'un Rembrandt et de plusieurs Poussin — un ensemble resté exposé sans interruption à Édimbourg depuis lors.

1. Diane et Actéon, achetée 50 millions de livres en 2009

Diane et Actéon, peinte entre 1556 et 1559, montre le chasseur Actéon surprenant par erreur la déesse Diane et ses nymphes au bain — un instant qui précède sa transformation punitive en cerf, dévoré ensuite par ses propres chiens. Le tableau appartenait à la collection du duc de Sutherland, prêtée de longue date aux deux galeries nationales. Lorsque la famille décide de le vendre, une campagne publique réunit 50 millions de livres en 2009 pour l'acheter conjointement, évitant qu'il ne parte à l'étranger.

2. Diane et Callisto, la suite achetée trois ans plus tard

Diane et Callisto, peinte à la même période, montre la nymphe Callisto démasquée par Diane devant les autres nymphes, sa grossesse cachée révélée au grand jour. Pour que les deux tableaux, pensés comme une paire, restent réunis, la famille du duc de Sutherland accepte en 2012 de réduire son prix de vente à 45 millions de livres, permettant une seconde collecte publique. Depuis, les deux toiles alternent tous les cinq ans entre Édimbourg et Londres ; pour la période 2026-2030, elles sont toutes les deux visibles à la Scottish National Gallery. L'achat des deux Titien a aussi eu pour effet de garantir vingt et un ans de présence supplémentaire au reste de la collection Bridgewater à Édimbourg.

3. Raphaël, la Madone au fond assombri par-dessus un paysage

La Vierge et l'Enfant, dite « Madone Bridgewater », peinte vers 1507-1508, montre la Vierge et l'Enfant dans une torsion élégante du corps où leurs regards se croisent — une composition qui doit beaucoup à ce que Raphaël observe alors de Léonard de Vinci à Florence. Une analyse technique a révélé que Raphaël avait d'abord peint un fond de paysage, avant de le recouvrir d'un fond sombre, sans doute pour mieux faire ressortir le modelé des visages par le clair-obscur.

4. Rembrandt, un autoportrait à 51 ans, assombri par le deuil

Autoportrait à 51 ans, peint vers 1657, montre le peintre au regard direct, presque insistant, dans une facture sombre qui explore sans complaisance les textures d'une peau vieillissante. Rembrandt peint cet autoportrait après avoir traversé de lourdes épreuves personnelles et financières — la mort de son épouse Saskia et de trois de leurs enfants en bas âge, puis des difficultés d'argent croissantes — et l'espace minimal laissé entre son regard et le bord du cadre donne au tableau une présence physique immédiate.

5. Poussin, l'Eucharistie et la Pénitence, de la série des Sept Sacrements

Le Sacrement de l'Eucharistie, peint par Nicolas Poussin en 1647, représente la Cène : plutôt que la table unique et allongée des représentations traditionnelles, Poussin regroupe les apôtres autour de lits de table à l'antique, une reconstitution archéologique voulue des origines du sacrement — la figure de Judas, isolée dans l'ombre, sort du cadre par la gauche.

Le Sacrement de la Pénitence, peint la même année, fait partie de la même série des Sept Sacrements, la seconde version que Poussin peint de ce cycle après une première série aujourd'hui dispersée — sept tableaux au total, dont plusieurs sont toujours visibles ensemble à la Scottish National Gallery.

6. Poussin, le Baptême, avec des ruines pour décor

Le Sacrement du Baptême, peint par Poussin en 1646, montre saint Jean baptisant le Christ sur les rives du Jourdain. Des ruines dans le paysage évoquent le monde antique et donnent à la scène un cadre authentique ; comme le veut la convention, toute l'action se concentre sur le Christ et saint Jean, la colombe du Saint-Esprit planant au-dessus d'eux, à l'étonnement de trois hommes tout à droite. La toile, d'environ 117 × 177 cm, appartient à la même série des Sept Sacrements que l'Eucharistie et la Pénitence.

7. Poussin, l'Extrême-Onction, un soldat romain mourant

Le Sacrement de l'Extrême-Onction, peint en 1644, est l'un des premiers tableaux achevés de cette seconde série. Poussin y représente un soldat romain chrétien mourant, oint d'huile sainte par un prêtre. Le groupe de figures, à l'accent très horizontal, évoque un relief sculpté antique, tandis que la perspective centrale de la pièce lui donne un cadre de scène de théâtre.

Combien de temps

Deux tableaux pensés comme une seule composition : comparez la lumière et la composition de l'un à l'autre avant de passer au reste de la collection Bridgewater.

  • Repères sur la collection Bridgewater — 6 minutes.
  • Diane et Actéon (Titien) — 9 minutes.
  • Diane et Callisto (Titien) — 9 minutes.
  • Madone Bridgewater (Raphaël) — 6 minutes.
  • Autoportrait à 51 ans (Rembrandt) — 7 minutes.
  • Sacrement de l'Eucharistie (Poussin) — 6 minutes.
  • Sacrement de la Pénitence (Poussin) — 5 minutes.
  • Sacrement du Baptême (Poussin) — 6 minutes.
  • Sacrement de l'Extrême-Onction (Poussin) — 6 minutes.

Sources et vérification

Vérifié auprès des notices officielles de la National Gallery de Londres et de la National Galleries of Scotland (nationalgalleries.org) et recoupé avec Wikipédia FR/EN.

Les accrochages et les ouvertures de salles peuvent changer. Vérifiez le jour même sur le site du Scottish National Gallery, Édimbourg avant de suivre un itinéraire.

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