« The Idea of Italy », une salle repensée en 2026
En juillet 2026, le Fitzwilliam rouvre sa galerie 7 sous le titre « The Idea of Italy », fruit d'un projet de recherche entre les universités de Cambridge et de St Andrews. Plutôt que de présenter l'Italie comme un foyer artistique isolé, la salle relie les œuvres du Titien, de Véronèse, de Canaletto ou du Tintoret aux réseaux de migration, de commerce et d'échange religieux qui ont façonné leur production — pigments venus des Amériques et d'Asie centrale, verre et céramiques inspirés du monde islamique, artisans venus d'ailleurs en Italie.
1. Un viol peint par un peintre de plus de quatre-vingts ans
Tarquin et Lucrèce, peint vers 1571, montre l'agression de Lucrèce par Sextus Tarquin, épisode de la légende romaine qui précède la fondation de la République. Titien, alors âgé de plus de quatre-vingts ans, revient sur un sujet qu'il avait déjà traité près de soixante ans plus tôt dans une version aujourd'hui conservée à Vienne — mais cette fois avec une brutalité et une tension physique inhabituelles dans son œuvre tardive. Une analyse composite aux rayons X a révélé d'importantes reprises dans la composition, signe d'un travail toujours minutieusement retravaillé malgré l'âge du peintre. C'est la dernière commande que Titien acheva pour Philippe II d'Espagne.
2. De la collection royale d'Espagne à un « noble étranger » anonyme
Le tableau appartient probablement au roi Philippe II d'Espagne dès 1571, puis reste dans les collections royales espagnoles jusqu'en 1813, année où Joseph Bonaparte, frère de Napoléon et roi d'Espagne déchu, l'emporte en France en perdant son trône. Il réapparaît ensuite à Londres, vendu aux enchères chez Christie's en 1845 comme propriété d'un mystérieux « noble étranger » jamais identifié dans le catalogue de vente.
Le tableau change ensuite plusieurs fois de mains — les collectionneurs C. J. Nieuwenhuys, William Coningham, Lord Northwick, Charles Scarisbrick, puis Charles Butler, dont la vente après décès en 1911 le fait passer chez le marchand Agnew's — avant d'être offert au Fitzwilliam par le collectionneur et peintre Charles Fairfax Murray en 1918.
3. Véronèse, un mythe d'Ovide qui a traversé quatre pays
Mercure, Hersé et Aglaure, peint par Véronèse vers 1576-1584, illustre un épisode des Métamorphoses d'Ovide : Mercure, messager des dieux, tombe amoureux de la princesse athénienne Hersé, mais sa sœur jalouse Aglaure tente de lui barrer l'entrée de sa chambre — Mercure la change alors en pierre. Le tableau, avec ce décor architectural théâtral qui rappelle le Théâtre olympique de Palladio, forme avec le Titien l'une des trois grandes toiles qui dominent la travée centrale de la salle, toutes deux issues de la collection Orléans.
Son parcours est un roman à lui seul : probablement possédé par l'empereur Rodolphe II jusqu'à sa mort en 1612, le tableau entre dans les collections impériales de Prague, avant d'être emporté en Suède après la chute de la ville en 1648 et de rejoindre la collection de la reine Christine. Passé ensuite par la collection Orléans à Paris, exposé au Lyceum de Londres en 1798-1799, il est vendu aux enchères à Londres en 1800, puis légué au Fitzwilliam en 1816 par son fondateur, le vicomte Richard Fitzwilliam — un trajet qui traverse l'Autriche, la Bohême, la Suède, la France et l'Angleterre en deux siècles à peine.
4. Zuccari, les rois mages et un cadre vide qui pose autant de questions qu'un tableau
L'Adoration des rois mages, peinte par Taddeo Zuccari dans les années 1550, ouvre le parcours de la salle : l'or, l'encens et la myrrhe apportés par les mages évoquent le commerce international de matières précieuses, tandis que la présence de Balthazar, le roi mage noir, interroge les questions de représentation dans l'art de la Renaissance. Le tableau est accroché à côté d'un cadre vénitien vide, décoré de motifs d'inspiration islamique, qui souligne les échanges artistiques et commerciaux entre Venise et le monde islamique — un cadre présenté sans tableau, pour inviter à regarder différemment les objets et les savoir-faire habituellement relégués en marge de l'histoire de l'art.
5. Tintoret et Salvator Rosa, la violence et le deuil racontés par des figures féminines
L'Adoration des bergers de Tintoret, peinte dans les années 1540, montre l'Enfant Jésus couché dans un panier, veillé par la Vierge qui ajuste son drap, par saint Joseph penché par-dessus une clôture d'osier, et par trois jeunes bergers — l'un d'eux porte deux poules suspendues à son bras, détail rustique typique du réalisme vénitien de Tintoret.
La Fragilité humaine de Salvator Rosa, peinte en 1656 en pleine épidémie de peste à Naples qui emporte plusieurs membres de sa famille, montre un squelette ailé guidant la main d'un enfant qui écrit une sentence latine : « la conception est une faute, naître une peine, vivre un labeur, mourir une nécessité ». La femme assise représenterait Lucrezia, la compagne du peintre, et l'enfant son propre fils, mort en bas âge.
6. Canaletto, deux vues de Venise pensées comme une paire pour le Grand Tour
La Place Saint-Marc et la Cour intérieure du palais des Doges, peintes par Canaletto vers 1756, forment une paire conçue pour les voyageurs du Grand Tour : ces vues soigneusement composées de Venise transforment la ville en une image à posséder, un souvenir de voyage haut de gamme autant qu'une œuvre d'art — la salle relie ce phénomène au tourisme et au commerce qui ont façonné la représentation des villes italiennes dans la peinture.
7. Poussin et Reni, un sacrement et une apparition
L’Extrême-Onction de Nicolas Poussin (1638-1640, huile sur toile, 96,5 × 122,3 cm) appartient d’abord à Cassiano dal Pozzo, à Rome, puis passe par sa descendance à Maria Laura Boccapaduli. En 1785, le marchand écossais James Byres l’acquiert pour le 4e duc de Rutland, à Belvoir Castle, où elle reste jusqu’au 11e duc. Acceptée par l’État britannique en paiement de droits de succession, elle est attribuée au Fitzwilliam en 2012, grâce à une importante collecte publique menée notamment par l’Art Fund.
Le Christ apparaissant à la Vierge de Guido Reni (vers 1608, huile sur toile, 223,5 × 141,6 cm) est légué au musée par le vicomte Fitzwilliam en 1816. Le tableau vient de la collection de Philippe, duc d’Orléans, puis reste dans la famille d’Orléans avant d’être montré à Londres, à la « Bryan’s Gallery », lors d’une vente-exposition en 1798-1799. On l’attribuait alors à Ludovico Carracci ; on le reconnaît aujourd’hui comme une œuvre de Reni, de l’école bolonaise.
Combien de temps
Sur Tarquin et Lucrèce, approchez-vous : les reprises visibles à l'œil nu autour des bras et des draperies trahissent un travail repris plusieurs fois malgré l'âge du peintre.
- Repères sur la salle « The Idea of Italy » — 5 minutes.
- Tarquin et Lucrèce (Titien) — 10 minutes.
- Mercure, Hersé et Aglaure (Véronèse) — 8 minutes.
- L'Adoration des rois mages (Zuccari) — 6 minutes.
- L'Adoration des bergers (Tintoret) — 6 minutes.
- La Fragilité humaine (Salvator Rosa) — 6 minutes.
- La Place Saint-Marc (Canaletto) — 5 minutes.
- Cour intérieure du palais des Doges (Canaletto) — 5 minutes.
- L'Extrême-Onction (Poussin) — 7 minutes.
- Le Christ apparaissant à la Vierge (Reni) — 6 minutes.
Sources et vérification
Vérifié auprès de la notice officielle du Fitzwilliam Museum (fitzmuseum.cam.ac.uk / data.fitzmuseum.cam.ac.uk), du communiqué de presse de la salle « The Idea of Italy » (juillet 2026) et recoupé avec Wikipédia FR/EN.
- The Fitzwilliam Museum — Tarquin and Lucretia
- The Fitzwilliam Museum — Tarquin and Lucretia: object record and provenance
- Art UK — Tarquin and Lucretia, The Fitzwilliam Museum
- Wikipedia EN — Tarquin and Lucretia
- The Fitzwilliam Museum — Press release: Fitzwilliam Museum opens The Idea of Italy (July 2026)
- Art UK — Adoration of the Kings, Taddeo Zuccari
- Art UK — The Adoration of the Shepherds, Tintoretto
- The Fitzwilliam Museum — L'Umana Fragilità (Human Frailty), Salvator Rosa
- The Fitzwilliam Museum — Interior Court of the Doge's Palace, Canaletto
- Art UK — Hermes, Herse and Aglauros, Veronese (Fitzwilliam Museum)
- The Fitzwilliam Museum — Hermes, Herse and Aglauros: object record
- The Fitzwilliam Museum — Extreme Unction, Nicolas Poussin: object record (Gallery 7)
- The Fitzwilliam Museum — Christ appearing to the Virgin, Guido Reni: object record (Gallery 7)
Les accrochages et les ouvertures de salles peuvent changer. Vérifiez le jour même sur le site du Fitzwilliam Museum, Cambridge avant de suivre un itinéraire.
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